Quelques notions sommaires d' héraldique par Guy Ascarat

L'héraldique est la science qui a pour objet l'étude des armoiries. Le terme armoiries, englobe l'écu sur lequel figurent les armes et les ornements extérieurs. Comme l'indique son nom, ces ornements se trouvent au-dessus de l'écu s'ils sont décoratifs ou placés derrière l'écu s'ils sont des attributs de dignité. On emploie indifféremment les termes armes, armoiries, écus, voire (plus improprement) blasons.
Les armoiries apparaissent dans le nord de la France au milieu du XII° siècle, avant de s'étendre rapidement à toute l'Europe ; elles figureront d'abord sur les sceaux. L'armoiries est un signe distinctif, propre à un individu, laïque ou religieux, à une fonction, à une corporation.
C'est l'évolution de l'équipement militaire moyenâgeux qui est la cause de l'apparition des armoiries. Lorsque cavaliers et chevaux se couvrent d'acier, le combattant devient méconnaissable sous l'armure et le casque à nasal, seules les figures peintes sur le bouclier, sur la housse du cheval ou sur les bannières permettent l'identification du chevalier. Les armoiries primitives n'ont pas de forme définie, elles s'adaptent au support sur lesquels elles sont peintes. Progressivement, l'écu s'adapte à la forme du bouclier militaire ; l'écu moderne dans sa forme actuelle date du XVI° siècle.
Le port d'armoiries ne fut jamais l'apanage d'une classe sociale déterminée. Nobles, ecclésiastiques, roturiers, communautés religieuses ou corporations professionnelles ont pu se doter d'armes, à la seule condition de ne pas prendre celles d'autrui. D'ailleurs, il est significatif que sous l'Ancien Régime, la moitié des armoiries portées sont des armoiries roturières. Certes Louis XV, sous la pression des Ultras, dans une ordonnance du 29 Juillet 1760, tentera d'imposer la capacité héraldique qu'aux seuls nobles ou aux détenteurs de fonctions dans l'administration royale, qui conféraient la condition nobiliaire. Mais dans un arrêt du 22 Août 1760, le Parlement déclarera cette réglementation contraire " aux Lois, Maximes et usages du Royaume ", Louis XV capitula et l'ordonnance ne fut jamais appliquée.

Dans l'écu, sont disposées des figures géométriques (ce sont des pièces), ou des figures naturelles, désignées meubles.
Très vite, les meubles se répartissent sur l'écu selon un système admis par tous : le haut (chef) plus important que le bas (pointe), le principal étant le centre (cœur ou abîme), la droite (dextre) plus honorable que la gauche (senestre) ; il ne s'agit pas ici de la droite ou de la gauche de l'observateur, mais de celles de l'écu qui lui fait face.

Les couleurs utilisées

Les couleurs utilisées
deviennent plus précises.
On distingue les émaux : azur
(bleu), gueules (rouge), sinople (vert),
sable (noir), pourpre (violet)
et les métaux : or (jaune),
argent (blanc).Sont également
utilisées les fourrures :
hermine (argent-sable)
et vair (argent-azur),
que les anciens hérauts d'armes
qualifiaient " d'amphibies " parce
qu'elles peuvent s'associer
indistinctement avec les émaux
ou les métaux.-
En l'absence de couleurs, la plupart des armoriaux sont en noir et blanc, on utilise un procédé de hachures et de points pour
différencier les émaux :

En l' absence de couleurs

Si quelques nuances peuvent apparaître dans les différents coloris, il est par contre important que ces couleurs soient assez soutenues ; elles devaient en effet être visibles de loin sur les bannières des chevaliers. L'héraldique joue sur le contraste, la lecture chromatique doit être immédiate et sans équivoque. C'est bien par souci de lisibilité que la " règle des émaux " interdit de poser de l'émail sur émail, ou du métal sur métal ; cette règle d'association chromatique s'applique également à l'iconographie; on peut le vérifier sur les vitraux de nos églises. Dans l'univers médiéval, l'écriture n'est l'apanage que de quelques clercs. La place occupée dans notre siècle par la chose écrite était tenue au Moyen Age, par un " langage de l'image " ; la symbolique de la couleur, la gestuelle et la position des sujets, étaient accessibles à tous. Au Moyen Age, la grande majorité est capable d'interpréter une iconographie ou un vitrail. Cette " lecture " de l'image est de nos jours totalement hermétique, elle est malheureusement très peu traitée, voire ignorée, par les historiens et les chercheurs.
Le terme " au naturel " accompagne certains meubles. Il signifie que le sujet est représenté dans sa couleur naturelle ; c'est souvent le cas du bois (tronc d'arbre, toitures…), de la mer, et de certains animaux (ours, sanglier…).
Dans le langage populaire, " blason " est devenu synonyme d'armoiries ou d'armes ; sans rejeter cet usage, il est utile de préciser que le terme " blason " désigne le répertoire des règles d'association héraldique ; " blasonner " consiste à décrire de façon normative une armoirie. Cette langue du blason utilise une syntaxe qui lui est propre, mais qui, au Moyen Age, ne se distinguait guère du vocabulaire ordinaire ; lors des tournois, la description des écus décriée à haute voix par les hérauts est comprise par tout le public. La terminologie et les règles héraldiques peuvent paraître rébarbatives, voire ésotériques à certains, elles peuvent induire un regrettable phénomène de rejet, mais un vocabulaire relativement restreint est suffisant pour rendre l'héraldique très accessible.
Un écu peut être composé, c'est à dire qu'il est partagé de façon géométrique en plusieurs quartiers. Chaque partition est indépendante et se lit séparément, suivant un l'ordre indiqué ci-dessous. Les partitions sont nombreuses, les principales sont : le parti, le coupé, le tranché, le taillé et l'écartelé.

L'héraldique moyenâgeuse

L'héraldique moyenâgeuse ne connaît que quelques partitions, celles-ci se développeront lorsque les armes d'alliance figureront sur l'écu, à partir du XVII° siècle.
Parmi les figures qui chargent l'écu, il faut citer les pièces héraldiques qui procèdent également des partitions de l'écu. Les principales, désignées pièces honorables, sont : la bande, la barre, le chevron, la bordure, la fasce, la pal, le chef, la champagne.

La description du blason

La description du blason débute par la couleur du champ (fond), puis par la désignation du meuble (sujet) principal, de sa couleur et du sens de pose : en pal s'il est vertical, en fasce s'il figure horizontalement. On agit de même avec les meubles secondaires s'il y en a, en précisant leur position respective (en chef, à dextre, à senestre ou en pointe) par rapport à la pièce principale. On termine enfin par décrire le chef, et la bordure.

Le port des armes familiales était réservé à l'héritier(e), il était " le chef d'armes ". Le maître adventice portait les armes de sa nouvelle famille. S'ils veulent porter des armoiries, les cadets, doivent " briser " les armoiries familiales, c'est à dire qu'ils devaient les modifier. Il existe de plusieurs façons de briser un écu, la plus simple et la plus courante consiste à inverser les couleurs. L'autre technique réside dans l'apport d'une pièce honorable (bande, chef, bordure…) ou d'un petit meuble (étoile, croissant, croix…). Les fils bâtards brisaient le plus souvent d'une barre.

Une fois l'écu blasonné, on décrit les ornements extérieurs. Ces éléments extérieurs sont : le timbre, les lambrequins, les tenants ou supports et les listels. Rapidement, un listel est une sorte de banderole qui porte une devise ou un cri de guerre. Tenants ou supports comme l'indique leur nom, tiennent ou supportent l'écu. Les lambrequins sont de longues plumes fantaisistes disposées avec grâce autour de l'écu. Plus intéressants sont les timbres qui se placent au-dessus (casque ou couronne) ou derrière l'écu ; dans ce dernier cas, ils sont des attributs de dignité comme nous le verrons ci-dessous.

La description des ornements extérieurs n'est pas chose aisée, à cause de la complexité et de la grande diversité des illustrations, laissées à la libre fantaisie de l'artiste en l'absence de code. Sans se perdre dans les détails, on se contentera donc de nommer les meubles : casque avec ou sans lambrequins, couronne de comte (baron, marquis, vicomte…) ; les tenants (hommes sauvages, guerriers…) sont des serviteurs chargés de veiller sur les armes ; les supports sont des animaux (lions, taureaux…) ayant le même rôle. Le terme " armoirie " résulte de l'association de l'écu et des ornements extérieurs. Mais seul le contenu de l'écu éveille en nous l'histoire, évoque la symbolique et transmet l'émotion ; les ornements sont une fantaisie sans importance, le plus souvent passés sous silence et qui intéressent peu les héraldistes. Cette règle souffre néanmoins d'une exception importante avec les timbres déterminant les attributs de dignités militaires, civils ou ecclésiastiques, car ils nous renseignent sur les fonctions occupées par les dignitaires.%

Dès la fin du Moyen Age, le pape, les cardinaux, les évêques, les abbés et prieurs, timbrent leurs armes avec une mitre et une crosse. La tiare et les clés en sautoir sont attachées à la dignité papale. A partir du XV° siècle, les ecclésiastiques timbrent avec des chapeaux à larges bords, soutenant deux cordons dont le nombre de houppes varie suivant la fonction ; cette règle des houppes étant réglementée depuis 1832. Ainsi, en règle générale, malgré quelques variations possibles, un cardinal timbre ses armes avec un chapeau rouge et deux cordons de quinze houppes et une croix derrière l'écu ; les évêques et les archevêques, timbrent avec un chapeau vert, dix houppes et une croix; un abbé timbre avec une mitre et une crosse derrière l'écu ; le prieur met un bâton prieural derrière l'écu.

Diverses sortes d' armoiries

Citons pour terminer les diverses sortes d'armoiries :

Les armoiries " historiques ", c'est à dire les plus anciennes dans le temps, même si nombre d'entres- elles sont allusives, notamment les armoiries communales de plusieurs cités côtières qui évoquent la pêche à la baleine et la mer.
Les armoiries " allusives ", qui font allusion à un fait, à un personnage, à une activité, à un environnement propre ou à connotation symbolique ; c'est le cas d'une quinzaine de communes qui rappellent leur ancienne vocation jacquaire dans leurs armes communales.
Les armoiries " parlantes " dans lesquelles les meubles utilisés évoquent directement le nom du possesseur ainsi : un castel pour Castille, un maillet pour Mailly ou une biche pour Bichier comme nous le verrons plus loin.