Armes Familiales Labourd-Basse/Navarre- Soule

AVANT PROPOS

Cet ouvrage est avant tout destiné à faire connaître par l'iconographie l'ensemble des armoiries familiales connues en Iparalde. La majorité de ces grandes familles (il y en a 514) est présente dans cet inventaire, avec une généalogie partielle.
Ces familles armoriées, sont chacune rattachée à un village, où elle est soit résidente soit possesseur de biens. Les villages sont classés dans leur province respective. Les armes sont donc représentées sur trois planches intitulées:
*Armes familiales en Labourd (on en compte 210)
*Armes familiales en Basse Navarre (on en compte 286)
*Armes familiales en Soule. (on en compte 106)
et donc chaque armoirie est classée d'abord par province, puis par ville ou village.

Depuis un nom de famille, en fin d'ouvrage un répertoire classe par ordre alphabétique toutes les familles armoriées et renvoie à un numéro de page.
Les armoiries communales sont rappelées chaque fois qu'elles existent.

INTRODUCTION

INTRODUCTION

Des temps les plus reculés, jusqu'à notre époque contemporaine, l'adoption et l'utilisation de marques symboliques ou non, est une constante propre à distinguer parmi d'autres les individus ou groupes d'individus. Le Père Monnet pense qu'il existait déjà sous l'empereur Octave-Auguste des boucliers armoriés. Dans l'Ancien Testament, les douze tribus des Hébreux, lorsqu'elles sortent d'Egypte, se distinguent déjà par des signes précurseurs des meubles héraldiques : la tribu de Juda avait un lion, celle de Zabulon une ancre, celle de Dan un serpent, celle de Siméon une épée, celle de Benjamin un loup… Chez les nombreuses tribus Celtes, on ne remarque rien de tel, mais ces peuplades cultivaient surtout un fort mysticisme religieux. Les Francs, ne connaissent que les bannières, insignes de commandement et d'autorité. Les luttes fratricides entre les petits-fils de Charlemagne, engendrées par la succession de l'immense empire, les dévastatrices invasions normandes, précipitent la déliquescence du pouvoir royal et amplifient encore le morcellement du territoire, avec son cortège de nouveaux dignitaires.
Ces nouveaux nobles affirment rapidement leur indépendance et les premiers sceaux apparaissent au début du XI° siècle. Les sceaux se chargent des premières figures, tel l'aigle des rois de Navarre apparu avec Sanche le Fort en 1214, mais que son père Sanche le Sage devait déjà utiliser. Les boucliers arborent aussi les premiers symboles, comme l'escarboucle, ancêtre des fameuses chaînes de Navarre, portée par des cavaliers navarrais sur une gravure du XII° siècle ; c'est par l'usage du sceau, que l'emploi des armoiries s'est étendu aux non-combattants. On peut parler d'armoiries dès qu'un même personnage fait constamment peindre les mêmes figures sur son écu et où quelques règles interviennent pour en codifier la représentation.
Les armoiries apparaissent vraiment vers le début du XII° siècle. Dans le haut Moyen Age, l'armoirie est à l'origine un emblème, propre à la terre. Ainsi, en Pays Basque où la noblesse fut réelle, c'est la terre qui fait le noble et non l'inverse. Un roturier est noble s'il possède une terre noble. Plus tard vers le XV° siècle, l'armoirie devient familiale, elle s'attache à l'individu et devient héréditaire. L'héritier(e) le droit d'aînesse est absolu en Pays Basque, était chef d'armes, c'est-à-dire qu'il porte les armes de la famille. Les cadets adoptaient les armes de la famille où ils s'introduisaient par alliance (époux adventice).
Précisons aussi que jamais, dans quelque pays européen que ce soit, le port d'armoiries ne fut l'apanage d'une classe sociale. Jusqu'à la fin de l'Ancien Régime, nobles, roturiers ou communautés ont pu adopter des armoiries, à la seule condition de ne pas prendre celles d'autrui.

L'héraldique a pour objet l'étude des armoiries et même si l'on observe ces dernières décennies un regain certain pour cette science millénaire auxiliaire de l'histoire, il est navrant de constater que l'héraldique est encore ignorée, voire méprisée, par bon nombre d'historiens, s'obstinant notamment à n'y voir que des marques nobiliaires.
Dans le langage populaire, « blason » est synonyme d'armoirie (ou d'armes) ; sans rejeter totalement cet usage incorrect, il est bon de préciser que le terme « blason » est un langage propre à la description des armoiries suivant des règles précises. Cette langue du blason utilise une syntaxe qui lui est propre, mais qui au Moyen Age ne se distinguait guère du vocabulaire ordinaire ; lors des tournois, la description des écus décriée à haute voix par les hérauts est comprise par tout le public. La terminologie et les règles héraldiques paraissent à juste titre rébarbatives, voire ésotériques à certains, elles peuvent induire un regrettable phénomène de rejet, mais nous restons persuadés qu'un vocabulaire très restreint est suffisant pour lire l'héraldique.
Le développement de l'héraldique est aussi lié à l'évolution de l'équipement militaire. Rendus méconnaissables par le capuchon, la cotte de maille et le nasal du casque, les combattants des tournois ne sont identifiables que par leurs armoiries, annoncées à la ronde par le héraut d'armes. Les symboles figurant sur le bouclier du cavalier, se répartissent selon une convention précise: le meuble du haut de l'écu est plus important que celui du bas, le principal étant situé au centre, la droite (dextre) plus honorable que la gauche (senestre). Les premiers chevrons, sautoirs, ou autres fasces, épousent les renforts structurels des longs boucliers en toupie, des chevaliers du XII° siècle ; seront peintes ensuite des figures animales ou florales. Mais déjà, à l'époque pré-héraldique, sur la broderie de la reine Mathilde, conservée à Bayeux et réalisée vers 1100, apparaissent sur les boucliers dragons, croix, sautoirs ; ceci montre bien que l'apparition des armoiries fut progressive.
Les plus anciennes armoiries de bourgeois et des corporations de métiers sont connues avant le milieu du XIII° siècle. Celles des bourgeois ne se distinguent en rien de celles des nobles et ce contrairement à ce qu'affirment bien des ouvrages ; les corporations arborent elles souvent les outils, propres à leurs activités.
Les communautés religieuses utilisent des sceaux au XIV° siècle. Les chapitres, abbayes et prieurés se contentent à l'origine de scènes ou de symboles religieux directement représentés dans le champ du sceau. La particularité des armes ecclésiastiques réside dans les insignes de dignité qui accompagnent les écus. Ainsi, les papes timbrent avec la tiare, les archevêques placent derrière l'écu la croix patriarcale à deux ou trois traverses, pour les évêques et abbés, ce seront la mitre et la crosse, mais que penser de ces cimiers, constitués des chapeaux de prêtres à larges bords munis de cordelières à glands, dont le nombre et la couleur précisent le rang.
L'influence des hérauts d'armes sur l'évolution des armoiries entre le XIV° et le XV° siècle est considérable. Les hérauts, sont des fonctionnaires au service d'un seigneur ou d'un roi, dont ils sont très proches, leur servant de conseiller ou d'ambassadeur ; ce sont des spécialistes de l'héraldique (héraldique dérive de hérault). Ce sont eux qui limitent le nombre de couleurs pour faciliter la lecture des écus, ils imposent une certaine forme de représentation des diverses figures, mais l'artisan conserve toute sa fantaisie et sa sensibilité. Ils codifient les dispositions des meubles, édictent les principales règles des émaux et surtout ils compilent les premiers recueils d'armoiries. Les brisures familiales sont encore parfaitement lisibles ; seul l'aîné(é) porte les armes pleines, les cadets, lorsqu'ils sont armoriés, brisent l'écu familial. Nous devons également aux hérauts le langage héraldique, si précis si concis, utilisé toujours de nos jours et ayant cours dans tous les pays européens.
En France, il est important de préciser, qu'aucune réglementation de droit public n'est prise avant le règne de François I, qui par un acte un acte du 12 février 1536 donne « mandatement à tous les sujets du roi de ne pas s'attribuer d'armes sans l'autorisation du souverain » ; mais cette ordonnance fut sans grand effet. Par contre, sous la pression des ultras qui font leur grand retour dans cette fin de siècle, Louis XV, dans une ordonnance du 29 juillet 1760, ne reconnaît la capacité héraldique qu'aux seuls nobles. Les non-nobles pouvant prétendre à cette « distinction », sont énumérés : officiers de la Maison du roi et de la reine, conseillers et procureurs du roi, trésoriers et receveurs royaux… ; c'est à dire toute la proche administration royale. Cependant, le Parlement déclarera cette réglementation contraire « aux Lois, Maximes et usages du Royaume » dans un arrêt rendu, toutes chambres réunies, le 22 août 1760 ; les rapports de force entre la monarchie et les Corps constitués ayant changé, Louis XV capitula et l'ordonnance ne fut jamais appliquée.
Au mois de novembre 1696, un édit royal ordonnait le recensement de toutes les armoiries françaises, à fin d'enregistrement dans un Armorial Général. Cet acte ne visait nullement à limiter le port d'armoiries, bien au contraire, il visait à enregistrer toutes les armes existantes, y compris celles des personnes morales ; le but était essentiellement fiscal. Tous ceux qui portaient des armoiries, nobles, non-nobles, communautés, devaient se faire enregistrer sous huit jours et payer un droit d'enregistrement de vingt livres pour les particuliers, cent pour les villes sièges d'un archevêché, cinquante pour les autres villes et vingt pour les communautés. Plus grave, dans chaque généralité seraient inscrits les noms des particuliers et communautés, censés porter des armes ; faute de quoi ils s'en verraient attribuer d'office. Ainsi, nombreux furent les bourgeois non armoriés et qui ne songeaient nullement à l'être, qui furent obligés de choisir des armoiries ou qui en reçurent d'office. C'est à cette occasion que furent crées quantité d'armes parlantes et allusives, certaines d'un goût douteux, voire ridicules, dont les propriétaires se garderont bien d'en faire usage. Bayonne reçut ainsi la fameuse baïonnette, Pierre Pépin se voit attribuer «d'argent à trois pépins de raisin de sable », le grand-père de Jean Racine hérite d'un écu chargé « d'un rat et d'un cygne », un certain Le Marié portera même des « cornes de cerf »…
Durant deux ans, l'arrêt fut appliqué de manière stricte ; mais les rebellions furent nombreuses, notamment à Bayonne où la plupart des bourgeois se verront contraints de se doter d'armoiries, comme on le verra dans l'armorial. Finalement, le 17 décembre 1699, un nouvel arrêt dispensait d'enregistrement un grand nombre de gens et de communautés, jugés trop pauvres ; en 1709, l'entreprise fut définitivement abandonnée. Parmi les 120000 armoiries recensées, 20000 seulement concernent des particuliers et nobles ; 900 villes et 2000 villages seront armoriés, c'est dire que l'opération ne fut pas très fructueuse.
En Pays Basque, on fut réfractaire à ces mesures autoritaires. Parmi les armoiries enregistrées, hormis les bourgeois bayonnais, citons Jean Haraneder de Saint Jean de Luz, qui fera enregistrer ses armes lesquelles deviendront plus tard celles de ladite ville. Les communes d'Urrugne et de Saint Jean Pied de Port firent la même démarche avec leurs armes actuelles ; La Bastide Clairence se vit attribuer d'office les armes qu'elle porte toujours. En Basse Navarre, séparément de Saint Jean Pied de Port et La Bastide Clairence, seuls dix blasons seront déclarés, dont Arnaud d'Esquille et le vicomte de Saint Martin d'Arberoue ; mais trente cinq seront attribués d'office. En Soule, aucun enregistrement ne fut constaté. A titre de comparaison, en Béarn, cent dix huit armoiries furent déclarées et cinq cent dix neuf furent attribuées d'office.

Beaucoup plus que l'Ancien Régime, ce sont bien les institutions révolutionnaires qui assimilent armoiries et noblesse. Dans cette séance du 19 juin 1790, l'Assemblée Constituante, décrète l'abolition de l'usage des armoiries, en même temps qu'elle supprimait les titres de noblesse, les ordres de chevalerie et tous les signes de féodalité. Décision aberrante, car plus des deux tiers des armoiries en usage dans le royaume étaient portées par des non-nobles. La Convention par un décret du 1 août 1793, adopte une résolution stipulant que toutes les maisons arborant des armoiries, seraient confisquées comme biens publics, d'où les armoiries martelées que l'on devine sur les linteaux du château de Belzunce à Ayherre et de la salle Saint Etienne à Lantabat.

Napoléon I rétablit en 1804 le port des armoiries en même temps qu'il institue une nouvelle noblesse impériale. La capacité héraldique contrairement à ce qu'elle était sous l'ancien régime, devint le privilège des serviteurs de l'Empire ; les armoiries étant attribuées par décret ; elles étaient honorifiques. Cette nouvelle noblesse graduée comprend les dignitaires princes-ducs, les comtes, les barons et les chevaliers d'Empire. Les militaires, les ministres, les évêques, les grands fonctionnaires, récompensés, sont comtes ou barons. Outre leurs armes, les comtes chargeaient leur écu d'un franc quartier d'azur portant les attributs de la fonction, telle l'épée pour un militaire ou la croix pour un évêque. Les barons, présentaient les mêmes attributs de fonction dans une cornière de gueules. Les chevaliers légionnaires portaient leur croix sur une pièce honorable. Il en découle une héraldique très lourde, souvent inutilement chargée de partitions, où prédominent l'azur et le gueules.
L'Empereur distribuera 39 titres de ducs et princes, 2012 titres de comtes et barons, 1299 titres de chevaliers ; il n'accorda que 102 armoiries aux villes classées elles aussi en trois catégories. L'héraldique napoléonienne s'éteindra bien entendu avec la chute de l'Empereur La courte période de 1808 à 1815, fut paradoxalement la seule période où le port d'armoiries fut réservé à une classe sociale.

Lors de la Restauration, Louis XVIII abolit toutes les décisions du Premier Empire et chacun fut à nouveau libre de porter ses armoiries ; la noblesse ancienne put reprendre ses titres, tandis que la nouvelle put garder les siens.
La révolution de 1830, confirma les décisions de la Restauration en matière héraldique, elle intègre le Conseil du Sceau au ministère de la justice. La Seconde République, si elle abolit la noblesse, n'édictera aucune mesure restrictive contre le port d'armoiries ; le Second Empire rétablit la noblesse et reconstitue le Conseil du Sceau; la Troisième République devait à nouveau le rattacher au ministère de la justice, mais se gardera bien de légiférer sur les armoiries, si bien que la situation est aujourd'hui identique à ce q'elle fut il y a près de huit siècles.

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